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50 ans SUSLLF
Società Universitaria per gli Studi
di Lingua e Letteratura Francese

Guirlande de Noël 2015

NOËL 2015

LES VOEUX DU BUREAU SUSLLF

 

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. En quoi il n'est pas vraisemblable que tous se trompent; mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger, et distinguer le vrai d'avec le faux, qui est proprement ce qu'on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes; et ainsi que la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas les mêmes choses. Car ce n'est pas assez d'avoir l'esprit bon, mais le principal est de l'appliquer bien. Les plus grandes âmes sont capables des plus grands vices, aussi bien que des plus grandes vertus; et ceux qui ne marchent que fort lentement peuvent avancer beaucoup davantage, s'ils suivent toujours le droit chemin, que ne font ceux qui courent, et qui s'en éloignent.

René Descartes, Discours de la méthode, 1637, p. 75, Ed. Folio Essais

 

Eugénie trouva des charmes tout nouveaux dans l’aspect de ces choses, auparavant si ordinaires pour elle. Mille pensées confuses naissaient dans son âme, et y croissaient à mesure que croissaient au-dehors les rayons du soleil. Elle eut enfin ce mouvement de plaisir vague, inexplicable, qui enveloppe l’être moral, comme un nuage envelopperait l’être physique. Ses réflexions s’accordaient avec les détails de ce singulier paysage, et les harmonies de son cœur firent alliance avec les harmonies de la nature.

Honoré de Balzac, Eugénie Grandet, Paris, Flammarion, 2000, p. 112

 

Toute lecture est traduction, passage de la vision formelle de l’univers à une façon particulière de le sentir ou de le percevoir, d’une représentation du monde-texte (en lettres écrites) à une autre (en lettres vues et entendues). Des études récentes ont montré que la partie de notre cerveau qui organise la réception du texte est aussi celle qui nous permet de discerner les formes et les distances. Autrement dit, le fait de lire, d’un point de vue physiologique, consiste à traduire les formes physiques de l’univers en représentations imaginaires et, en même temps, spatiales. Lire, c’est traduire matériellement la réalité du monde dans la réalité telle que nous la ressentons.

Alberto Manguel, La traduction comme lecture, "Le Monde diplomatique", mai 2009, p. 31

 

La liberté que j’ai cherchée si loin et avec si peu de succès, je l’ai découverte en écrivant ces pages. Ma vie vécue fut tout entière effort et contraintes, combats et conquêtes. Ma vie revécue pour en faire le récit a repris la légèreté des rêves.
De creature je suis devenu créateur.

Jean-Christophe Rufin, Le grand Coeur, Paris, Gallimard, 2012, p. 561