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Congrès annuel SUSLLF 2026 jeunes chercheur·e·s

Université de Gênes, 10 et 11 septembre 2026

Congrès annuel SUSLLF 2026 jeunes chercheur·e·s

Le canon en question : centre(s) et marge(s) en littérature et en sciences du langage

Université de Gênes, 10 et 11 septembre 2026

Impulsées par le monde anglo-saxon depuis la seconde moitié du XXe siècle, les réflexions à l’œuvre sur les mécanismes de construction des canons, et, parfois, sur la nécessité de proposer des « contre-canons », infusent aussi bien dans la société civile – voir le mouvement populaire de déboulonnage des statues dans les années 2020 – que dans les méthodes et thématiques du monde académique, linguistique et littéraire.

Les recherches se sont multipliées depuis une dizaine d’années sur les hiérarchies littéraires et le canon, entendu comme ensemble figé de textes ayant une valeur littéraire, pour interroger les instances de prescription de la valeur littéraire (Académie, concours littéraires, institution scolaire, université, etc.), ainsi que les fondements idéologiques et identitaires du canon français. La recherche francophone rattrape ainsi son retard sur ce plan par rapport au voisin allemand, chez qui les réflexions sur les « classiques » datent des années 2000. Depuis 2012, le CRLC (Centre de recherches en littératures comparées) est moteur des interrogations sur les constructions et déconstructions du canon littéraire.

L’année 2025-2026 est particulièrement riche sur ces questions : les recherches menées depuis une décennie voient l’arrivée à maturité de certaines thématiques, qui justifient des rencontres de grande ampleur : à Paris-Sorbonne, un colloque conclusif de deux années de travaux a réuni des spécialistes du monde entier en juin 2025, autour du splendide titre « Feusurlecanon! ». À Nantes, en octobre, le réseau « Patrimonialitté» a organisé un nouveau volet de ses travaux, sur le canontransnational. Enfin, la SELF XX-XXI dédie son congrès annuel aux «Dynamiquesducanonlittéraireaux XXeetXXIesiècles».

Pour ce qui est des sciences du langage, la notion de « canon » peut certainement être rattachée à la problématique de la norme linguistique ; cependant, on pourrait également emprunter un autre chemin interprétatif, et envisager le canon sous un angle nouveau. Si le terme « canon » évoque d’emblée une liste plus ou moins cristallisée d’auteurs incontournables ou d’œuvres modèles — selon la définition classique de l’Académie française —, il peut tout aussi bien s’appliquer à un ensemble de pratiques disciplinaires. Dans ce cas, la définition et même l’utilisation de ce mot suscitent des questionnements. Qu’est-ce que justement « le canon » ou même « un canon » en sciences du langage ? Cette interrogation a été justement au centre de nombreuses initiatives se penchant sur la circulation des notions, des théories et des méthodes issues des réseaux notamment français, et sur leur adaptation dans de nouveaux écosystèmes disciplinaires. Dans le seul domaine de l’analyse du discours, on peut citer le volume Partage dessavoirsetinfluenceculturelle:l’analysedudiscours«àlafrançaise»horsdeFrance

(2019), dirigé par Rachele Raus ; le numéro de Synergies Italie consacré à « La réception de l’analyse du discours de l’école française en Italie. Parcours croisés » (2024), sous la direction de Lorella Sini et de Francesca Bisiani ; ou encore les journées d’étude internationales « Retour sur l’analyse du discours ‘de l’école française’ des origines : déconstruction, engagement et positionnements » (29-30 mai 2025, Bari), organisées par Alida M. Silletti.

Ce foisonnement d’ouvrages et de rencontres scientifiques témoigne d’une urgence à revenir continuellement sur les pratiques disciplinaires, à les interroger et à les renouveler. Ce même intérêt se retrouve chez les études littéraires. Si la prédominance historique de certaines ap- proches est facile à identifier, plus rares sont cependant les tentatives de réflexion épistémolo- gique d’une discipline dont l’intitulé même semble la confondre avec son sujet, au contraire d’autres traditions académiques, comme en Allemagne, où on distingue la « littérature » de la

« science de la littérature ». On peut malgré tout identifier des initiatives récentes, comme le colloque « Comment lisons-nous ? Mutations des pratiques académiques en critique et théorie littéraires » qui s’est tenu à Saint-Étienne en 2024, ou, pour le domaine italien, le cycle de quatre rencontres intitulé Tradizione e contestazione, sous la direction de Giovanna Angeli, dont le dernier volume est paru en 2011.

Dans une perspective similaire, notre initiative entend explorer le canon non pas comme un monument statique, mais bien comme un ensemble dynamique de « pratiques préférées » : théories, méthodes, terminologies et objets d’étude que les institutions disciplinaires (plus ou moins formalisées) reconnaissent comme valides dans un moment historique donné, en les distinguant de ce qui est parallèlement relégué aux marges. Cependant, loin d’être un objet fixe et immuable, issu de la simple standardisation de normes et d’usages, le canon disciplinaire est fluide et mobile, sous la pression constante d’un mécanisme fertile d’inclusion et d’expulsion. Penser le canon permet donc de porter un regard excentrique comme un puissant outil de validation tacite, déterminant quelles approches sont dignes d’attention académique, quelles théories (parfois mises de côté) méritent de réémerger et quels phénomènes inédits peuvent intégrer l’horizon de la recherche.

Dans cette perspective, les recherches d’archive constituent un observatoire privilégié des processus de canonisation. Loin de se réduire à une entreprise de conservation patrimoniale, l’exploitation des manuscrits, des brouillons et des correspondances permet de rendre visibles les conditions matérielles, éditoriales et institutionnelles qui président à l’émergence d’une figure « canonique ». Pour les sciences du langage, l’exemple de Ferdinand de Saussure est à cet égard emblématique : si le Cours de linguistique générale fonctionne comme un texte fondateur, l’étude des manuscrits saussuriens a renouvelé la compréhension d’une pensée qui

« continue de nous hanter » (Depecker, 2012) et c’est précisément en revenant aux archives que l’on peut mesurer les transformations et les inflexions qui ont fait de certains énoncés des pivots théoriques, tandis que d’autres variantes ou potentialités sont restées inaperçues. Ainsi, les archives ne viennent pas seulement compléter le canon : elles en déplacent les contours, en révélant la stratification des concepts, les hésitations théoriques et les possibles non réalisés. Problématiser le canon à l’aune des sources d’archive revient ainsi à historiciser les textes fondateurs et les lectures dont ils ont fait l’objet et à considérer la canonisation comme un processus éditorial, interprétatif et toujours ouvert à reconfiguration.

L’objectif de ces journées est donc d’interroger la notion de « canon » dans les études littéraires et linguistiques, de tracer les parcours historiques et disciplinaires qui l’ont façonnée et, surtout, de penser critiquement l’appareil notionnel qui caractérise nos pratiques de recherche. Les axes suivants présentent quelques pistes de réflexion possibles pour les auteur·e·s :

Axe 1 : Le canon entre linguistique et littérature

Ce premier axe se propose d’ouvrir un débat fructueux entre les deux âmes disciplinaires des études francophones en Italie qui se rencontrent lors de ce colloque. Il propose d’interroger la dimension normative et prototypique qui est propre au sens originel du terme « canon », en réfléchissant de manière comparative aux conceptions élaborées dans les travaux littéraires et linguistiques. Alors que la notion de « canon » a une signification spécifique dans le contexte du patrimoine littéraire, recensée dans le dictionnaire de l’Académie française dans les termes suivants : « Liste des auteurs considérés comme des modèles dans chaque genre » (entrée « canon », Dictionnaire de l’Académie française, 9e édition), en référence à la littérature ancienne, comment peut-on définir le canon contemporain dans les disciplines scientifiques qui se donnent pour objet la langue et la littérature ? À quel(s) niveau(x) se situent les points de contact et les différences ? Est-il possible d’identifier un ensemble d’auteurs, d’ouvrages, ou plutôt des notions et des méthodes « canoniques », qui seraient partagées par la littérature et la linguistique ?

Axe 2 : Réception, rénovation et innovation du canon

Cet axe se penche sur les processus historiques de la canonisation au sein des disciplines littéraires et linguistiques, en prêtant attention non seulement aux notions et aux objets qui ont été retenus, mais aussi à ceux qui ont été rejetés ou abandonnés. Il s’agit de revenir sur les notions et les théories qui ont perdu leur élan et leur attrait, mais qui pourraient néanmoins, sous certaines conditions, être récupérées. Il ne s’agit pas seulement de retracer les dynamiques de sélection du canon, mais aussi de revisiter l’histoire de la discipline de manière critique, afin de réactualiser les théories et les méthodes actuelles. Si les institutions françaises et notamment parisiennes du savoir ont contribué à définir les paradigmes dominants, il se peut que d’autres centres de savoir émergent à des époques plus récentes, permettant ainsi de dessiner un scénario polycentrique qui gagne en autonomie.

Dans cette optique, nous encourageons les auteur·e·s à proposer, pour la littérature, des études de corpus qui dialoguent de façon problématique avec le canon établi, ou mettent en évidence les mécanismes à l’œuvre dans l’élection et/ou l’exclusion de certaines œuvres, notamment dans l’enseignement secondaire ou supérieur. On pourra s’interroger sur les transpositions, traductions, réceptions du canon littéraire français dans le domaine scolaire et éditorial italien, y compris dans sa dimension matérielle.

Pour les sciences du langage, les propositions pourront porter sur des applications pratiques de cadres théoriques et méthodologiques ainsi que de notions moins utilisées, avec une justification de leur apport aux analyses linguistiques contemporaines. Cet axe invite à interroger les notions reçues et à proposer de nouveaux regards sur la recherche en littérature et en linguistique, notamment dans la prise en compte d’objets et de phénomènes inédits ou

inattendus, qui nécessitent ou non une adaptation des cadres théoriques et méthodologiques préexistants. Les communications s’inscrivant dans cet axe pourront interroger les conditions de réception du canon, les manières dont il a évolué, ses transformations et ses applications à une tradition disciplinaire qui lui était étrangère. Les communications pourront également porter sur la traduction des textes canoniques et sur les défis rencontrés par les traducteurs et traductrices.

Axe 3 : Constitution du canon et frontières disciplinaires

La perspective diachronique esquissée dans l’axe précédent est reprise dans le troisième, qui invite à s’interroger sur les relations disciplinaires de la littérature et de la linguistique dans l’univers des sciences humaines et sociales. Les contacts et les hybridations entre celles-ci et d’autres disciplines, telles que la sociologie, l’anthropologie, l’histoire ou les sciences de l’information et de la communication, ont permis d’accueillir dans le canon des notions et des méthodes provenant d’autres milieux disciplinaires.

En littérature, on peut penser à la question de la narrativité, dont les concepts ont d’abord été forgés par Gérard Genette (Figures III, 1972), et qui voyage aujourd’hui dans les sciences de l’information et de la communication, la psychologie et même le marketing, au point qu’elle s’est reconfigurée en un narrative turn qui fait du storytelling son point focal. Dans le sens inverse, les concepts de « mémoire », issu de l’histoire (Pierre Nora) ou de « transfuge de classe », issu de la sociologie, sont au cœur des études sur la littérature contemporaine.

En sciences du langage, la notion de « performativité », par exemple, a beaucoup voyagé entre les frontières disciplinaires, de la pragmatique de John L. Austin (1955 [1969]) et de John Searle (1969 [1972]), en passant par la sociologie de Pierre Bourdieu (1975) et la philosophie de Judith Butler (2004). On peut également citer la notion d’« agency » (à ne pas confondre, malgré les quelques superpositions, avec celle d’« agentivité » en anthropologie linguistique ; cf. Duranti, 2004), fréquemment associée à l’élaboration de J. Butler et récemment resituée dans le champ linguistique par Noémie Marignier (2020).

Si ces transpositions n’ont pas toujours été paisibles ou anodines, elles ont néanmoins contribué à enrichir considérablement les notions et à interroger leur signification particulière dans les champs disciplinaires qui les ont réappropriées. Cet axe invite donc les auteur·e·s à étudier les effets du dépassement des frontières disciplinaires et à explorer les possibilités d’une application nouvelle de notions venues d’autres disciplines.

Nous espérons que le colloque sera une opportunité pour s’interroger sur la situation spécifique des chercheur·e·s dont la langue maternelle n’est pas le français ou qui vivent dans un autre territoire, en particulier en Italie. Qu’est-ce qui caractérise la francesistica italienne, par rapport au monde des études littéraires et linguistiques en France et dans les autres lieux de productions théoriques francophones, en termes de méthodes, de concepts et d’objets ?

Références bibliographiques

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Thiesse,Anne-Marie(2019),LaFabriquedel’écrivainnational.Entrelittératureetpolitique, Paris, Gallimard.

Zambelli, Chiara (2025), De la philologie romane aux littératures étrangères : étude disciplinaire et méthodologique sur les études italiennes françaises et la «francesistica» italienne(XIX-XXsiècle),ThèsededoctoratenÉtudesitaliennessoutenuele18avril2025,en co-tutelle entre l’Università di Roma La Sapienza et l’Université Grenoble Alpes, sous la direction de Leonardo Casalino, Carlo Pulsoni et Filippo Fonio, https://theses.hal.science/tel-05241113

Consignes aux auteur·e·s

Les propositions, d’environ 300 mots, accompagnées d’une brève notice bio-bibliographique, sont à envoyer à marie.gaboriaud@unige.it et nora.gattiglia@unige.it au plus tard le 1er mai 2026.

Calendrier

Envoi des propositions jusqu’au 1er mai 2026.

Les réponses seront signifiées au plus tard le 1er juin 2026.

Le colloque aura lieu à l’Université de Gênes les jeudi 10 et vendredi 11 septembre 2026.

Les possibilités de financement pour les participants aux journées ne sont pas garanties. Le comité examinera cependant toute demande de défraiement de la part de jeunes chercheur·e·s en cas d’impossibilité de prise en charge par l’université d’origine.

Comité d’organisation (université de Gênes)

Elisa Arecco 

Eliana Bergaglio 

Marie Gaboriaud 

Nora Gattiglia

Giovanni Mantegazza 

Elena Margherita Vercelli

Comité scientifique

Margherita Amatulli, université d’Urbino 

Cristina Brancaglion, université de Milan

Francesca Dainese, université de Padoue 

Ruggero Druetta, université de Turin 

Claudia Cagninelli, université de Milan 

Marie Gaboriaud, université de Gênes 

Nora Gattiglia, université de Gênes 

Fabio Libasci, université de l’Insubria

María Domenica Lo Nostro, université de Salerne 

Silvia Nugara, université de Turin

Francesco Spandri, università Roma Tre 

Fabio Vasarri, université de Cagliari